Laurent Wauquiez, ode au Tour de France

Une tribune de Laurent Wauquiez
Si vous êtes d’Europe Écologie et les verts, cet article n’est pas fait pour vous, parce que le Tour de France moi, faut que je le dise tout de suite, j’adore ça.
Laurent Wauquiez sur le départ de l'Ardéchoise édition 2022
C’est comme un coup de foudre qui n’a jamais cessé et qui a jalonné chacune des étapes de ma vie. J’ai dix ans, on est au Chambon-sur-Lignon, j’ai amené mon vieux vélo rouge à réparer chez Didier Roustain, un fan absolu de vélo, dehors il pleut, j’attends dans son atelier ; pendant qu’il travaille, il regarde le tour d’un œil enflammé sur une vielle télé en noir et blanc qui grésille ; je découvre, médusé, les images de Bernard Hinault dans la montée de Morzine. Il me semble que c’est un héros de l’Antiquité, il danse sur son cheval d’acier, un Ulysse des temps modernes.
J’ai quinze ans, pas trop envie de travailler ni de lire. Le Tour de France est une ruse commode pour convaincre les parents de nous laisser voir la télé. Je découvre les paysages infinis avec ces grands lieux hantés par l’histoire qui s’enchevêtrent : Colombey-les-deux-Eglises, le Chemin des Dames, l’Arc de Triomphe, le Mont Saint-Michel. Ma passion de l’histoire trouve son écho dans les paysages du Tour.
J’ai vingt ans, sur l’étape Le Puy-en-Velay – Super-Besse, une bande de copains fermement décidée à en faire une fête, nous nous mettons en embuscade sur l’itinéraire du Tour, la caravane passe, et pas mal de bières pour ensuite commenter le résultat.
J’ai 25 ans et à Normale Sup l’ambiance n’est pas trop Tour de France, on préfère disserter sur Bourdieu et les versions latines. Heureusement Roland Barthes, l’immense philosophe auteur d’un fabuleux article sur le Tour de France, vient à mon secours et je balaye d’un revers de main les commentaires dédaigneux de mes camarades.
Je suis maire du Puy-en-Velay. Je parviens enfin à convaincre Christian Prudhomme de faire revenir le Tour au Puy-en-Velay, immense fête dans toute la ville, même si on a attendu la victoire de Romain Bardet dans le col de Peyra Taillade. Je découvre l’esprit de l’équipe du Tour. Une amitié me lie à Christian qui ne cessera jamais. Je découvre avec lui et son équipe que, derrière le Tour, il y a une vision de la vie, des valeurs, un regard tendre sur la France partagée par une bande de passionnés. Je les aime.
Bardet et Wauquiez . La Haute Loire sur le Tour de France !

Je suis Président de Région, mon ami Didier, avec lequel nous faisons du tandem handivalide, me fait rencontrer Bernard Hinault. La boucle est bouclée. Je suis devant le héros de mon enfance, le blaireau. Il est comme je l’imaginais, plein de vie, de hardiesse, bravache comme j’aime, gouailleur comme il faut, il est à la hauteur du héros de mon enfance. C’est si rare.

Je suis père et je partage maintenant avec Baptiste la même passion. Comme en tout, le fils a dépassé le père, est nettement plus pointu que moi sur l’histoire du tour. Et ce matin, nous serons ensemble avec Louise, ma fille, pour suivre l’étape entre l’Aigle et Châtel.

Voilà le Tour de France un peu de tout ça et beaucoup de France.
Oui beaucoup de tout ça et immensément de France. Un mythe si français que chacun de nous réinterpréte à sa manière.
D’abord l’effort et le sacrifice, il faut avoir fait du vélo pour comprendre ce que signifie l’abnégation de ce sport, dans ce mélange insensé de sport collectif et de loups solitaires. Chaque tempérament est une leçon de vie, depuis Poulidor et sa gentillesse, que j’ai découvert émerveillé un matin à Millau, le côté gentleman au grand cœur d’un Bernard Thevenet, le refus de vieillir et la fougue mi silencieuse mi tempétueuse d’un Jalabert, Peter Sagan, flamboyeur et cabotin comme un Achille, le côté canaille et flibustier de Alaphilippe ; comme à chaque fois avec le sport, c’est la vie qui est convoquée et qui défile.
Laurent Wauquiez sur le Tour !
Ensuite, le tour autour du Tour. La caravane, et bah oui je le confesse j’adore les petits sachets de Cochonou, les bobs, les petites Pom’potes qu’on distribue jusqu’à la présence de FO qui s’incruste dans la caravane. Et j’aime encore plus les regards émerveillés des enfants. Le Tour de France c’est gratuit, c’est comme ça, la seule chose dont on a besoin c’est de temps et de patience, comme mon père quand il se mettait en embuscade dans la montée de l’Alpes d’Huez. Le Tour de France ça ne s’achète pas. Vous en connaissez beaucoup des sports vous qui réunissent la Porsche et le Camping car au bord des routes !
Et puis il y a enfin le pied de nez, celui que j’adore, dans un monde où tout est fait pour mépriser la ruralité, où tout vous dit que l’avenir est dans les métropoles, où tout ce qui n’est pas soumis à la mondialisation baisse le regard, le Tour de France c’est une superbe revanche, sonne la charge héroïque. Les stars, ce sont les petites départementales, les villages, ce sont les clochers et les cols, ce sont nos agriculteurs et leurs vaches qui animent le fond d’écran, tout d’un coup le vrai monde vous saute au visage et c’est une vraie jouvence.
Mais c’est aussi une incroyable réussite, la compétition sportive au monde chaque année la plus retransmise, toutes les chaînes du monde entier qui viennent pour commenter les paysages français. Et si la réponse était là, notre pays ne séduit jamais autant que quand il est lui-même, entièrement lui-même. Ringard le Tour de France ? Quelle blague ! Indémodable comme un forcené !
Un lieu qui nous rappelle une évidence si simple : que la France est belle quand elle est unie au bord de ces routes, qu’il n’y a pas de fatalité dans cette coupure de notre pays en deux morceaux qui ne se comprennent plus. Un peu de passion, beaucoup de populaire, l’effort et la joie partagés et voilà le pays réunifié, le temps de quelques étapes … et si le Tour de France avait plus à nous dire ?
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